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La géomatique en Afrique de l'Ouest : où en sommes-nous ?

Geomatics in West Africa: Where Do We Stand?

Après 5 ans de terrain au Sénégal — cartographie drone, SIG, télédétection — je veux partager une réflexion honnête sur l'état de notre discipline en Afrique de l'Ouest. Pas un bilan pessimiste, mais un regard lucide sur ce qui existe, ce qui manque, et surtout ce que nous pouvons faire.

After 5 years of fieldwork in Senegal — drone mapping, GIS, remote sensing — I want to share an honest reflection on the state of our discipline in West Africa. Not a pessimistic assessment, but a clear-eyed look at what exists, what's missing, and above all what we can do.


Ce qui a changé · What has changed

Il y a 10 ans, la géomatique en Afrique de l'Ouest était quasi exclusivement le domaine des institutions internationales — FAO, PNUD, Banque Mondiale — et des bureaux d'études étrangers. Les données géospatiales existaient mais restaient inaccessibles.

10 years ago, geomatics in West Africa was almost exclusively the domain of international institutions — FAO, UNDP, World Bank — and foreign consulting firms. Geospatial data existed but remained inaccessible.

Aujourd'hui, plusieurs choses ont fondamentalement changé :

Today, several things have fundamentally changed:

Les données sont (presque) gratuites · Data is (almost) free

  • Copernicus GLO-30 : MNT mondial à 30 m, gratuit
  • Sentinel-1/2 : images radar et optiques, archives depuis 2014, gratuites
  • Google Earth Engine : accès cloud computing à des pétaoctets de données satellite, gratuit pour la recherche
  • OpenStreetMap : cartographie de base souvent remarquablement détaillée même en zones rurales sénégalaises

Les outils open source sont matures · Open source tools are mature

QGIS 3.x est aujourd'hui comparable à ArcGIS Desktop pour la grande majorité des cas d'usage. GRASS GIS, SAGA GIS, GDAL — l'écosystème open source est complet. Un géomaticien formé uniquement sur ces outils est pleinement opérationnel.

QGIS 3.x is now comparable to ArcGIS Desktop for the vast majority of use cases. GRASS GIS, SAGA GIS, GDAL — the open source ecosystem is complete. A geomatician trained solely on these tools is fully operational.

La formation se développe · Training is developing

Des établissements comme l'ISIT/Afrique à Dakar, l'USSEIN à Kaolack forment maintenant des techniciens et ingénieurs géomaticiens locaux. Ce n'était pas le cas il y a 10 ans.

Institutions like ISIT/Afrique in Dakar, USSEIN in Kaolack are now training local geomatics technicians and engineers. That wasn't the case 10 years ago.


Ce qui manque encore · What's still missing

Soyons honnêtes sur les lacunes réelles.

Let's be honest about the real gaps.

Des données locales de qualité · Quality local data

Les données OpenStreetMap sont souvent incomplètes ou obsolètes en dehors des grandes villes. Les cadastres sont peu numérisés. Les données météo et hydrologiques en temps réel sont quasi inexistantes pour la plupart des zones rurales.

OpenStreetMap data is often incomplete or outdated outside major cities. Land registries are poorly digitized. Real-time weather and hydrological data is almost non-existent for most rural areas.

Une culture de la donnée ouverte · An open data culture

Beaucoup d'institutions publiques collectent des données géospatiales mais ne les partagent pas — ni entre elles, ni avec le public. La donnée est encore perçue comme un pouvoir plutôt qu'une ressource commune.

Many public institutions collect geospatial data but don't share it — neither with each other, nor with the public. Data is still perceived as power rather than a common resource.

Des plateformes de diffusion adaptées · Adapted dissemination platforms

Les cartes existent mais restent dans des rapports PDF que personne ne lit. Il manque des portails Web GIS simples, accessibles sur mobile, pensés pour des utilisateurs non-experts.

Maps exist but remain in PDF reports that nobody reads. What's missing are simple Web GIS portals, mobile-accessible, designed for non-expert users.


Ce que nous pouvons faire · What we can do

Je ne parle pas des institutions. Je parle de nous — géomaticiens, développeurs, géographes formés localement.

I'm not talking about institutions. I'm talking about us — locally-trained geomaticians, developers, geographers.

Construire des outils pour nos contextes · Build tools for our contexts

Les plateformes comme Google Maps ou ArcGIS Online sont conçues pour des contextes occidentaux avec une connectivité stable et des utilisateurs technophiles. Nos contextes sont différents : connexion intermittente, utilisateurs sur feature phones, besoins spécifiques (transhumance, gestion foncière coutumière, suivi de reboisement).

Platforms like Google Maps or ArcGIS Online are designed for Western contexts with stable connectivity and tech-savvy users. Our contexts are different: intermittent connection, feature phone users, specific needs (transhumance, customary land management, reforestation monitoring).

C'est là que des projets comme Sutura Maps ont du sens — des outils pensés par et pour nos réalités.

That's where projects like Sutura Maps make sense — tools designed by and for our realities.

Documenter et partager · Document and share

Chaque workflow que nous développons, chaque problème que nous résolvons, chaque carte que nous produisons peut aider un autre géomaticien à Dakar, Abidjan, Bamako ou Niamey. Ce blog en est une modeste tentative.

Former la génération suivante · Train the next generation

Les compétences géomatiques ont une valeur économique réelle — cartographie foncière, agriculture de précision, gestion des ressources naturelles, urbanisme. Former des jeunes à ces outils, c'est leur ouvrir des débouchés concrets.


Pour conclure · To conclude

La géomatique en Afrique de l'Ouest est à un tournant. Les outils existent. Les données deviennent accessibles. La formation se développe. Ce qui manque, c'est la masse critique de praticiens qui documentent, partagent, construisent et se positionnent comme des acteurs à part entière — pas comme des sous-traitants de projets conçus ailleurs.

Nous y sommes presque.


Réflexion personnelle basée sur 5 ans de pratique terrain au Sénégal.

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